des artistes de différents endroits du monde partagent leurs expériences d'écoute et de pratique des musiques improvisées, expérimentales, inclassables.

11 novembre 2006

John Butcher solo aux Instants Chavirés - Lieux Communs

Sur scène un micro placé de manière à produire un feedback avec son enceinte atteste de l'évolution engagée par John Butcher dans sa réflexion à l'espace, au son acoustique et repris en diffusion. Ce dispositif sera ponctuellement utilisé comme moyen de sculpter les résonances harmoniques résiduelles (en larsen) de clapotis de tampons des saxophones ou effets de loupe sur quelques tentatives sonores de type musique concrète. Autant le dire tout de suite, cette approche bien que prometteuse n'a pas apporté à cette occasion le résultat escompté. Ce soir son jeu s'élabore en grande partie autour de progressions harmoniques à la manière de Steve Lacy - en hommage ? - mais volontairement continuellement entachées d'oblitérations multiphoniques, de growling, de flatterzung, de répétitions détimbrées d'un même motif,... Toutefois la complexification à l'excès du discours et la volonté compositionnelle toujours présentes alourdissent la forme et pèsent sur l'écoute là ou précisément Lacy à travers la limpidité de son phrasé porté par une pureté sonore unique nous emmenait vers une poétique de l'apesanteur. Le phrasé disparaît parfois pour laisser place au continuum très intense de multiphoniques rêches et granuleux, à des slaps violemment assénés, à des suraigus perforants, probablement les instants ou Butcher approche au plus près d'une matière sonore mais qui sont insuffisants à dissoudre ce sentiment d'assister à une démonstration, une performance monumentale, écrasante. Parce que John Butcher maîtrise aussi bien le ténor que le soprano nous assistons dans le même set à deux parties mimétiques, un cousinage avec permutations de blocs de modes de jeu variés, virtuoses, assujettis aux rythmes respiratoires du musicien. Mais ce qui entérine définitivement l'impossibilité d'écoute c'est probablement cette omniprésence de la pensée formelle, intellectuelle, cette volonté de construire un discours, une cohérence logique, réfléchie, efficace et talentueuse mais qui nous place dès lors en auditeur détaché de cette musique malheureusement trop froide.

8 Comments:

Blogger Gaston CHAISSAC said...

Je comprends bien la critique portant sur la froideur (que voudrait-on à la place ?) de la "performance" ; je l'ai souvent entendue et pour tout dire la trouve très "française" (ou peut-être est-ce que JB est très "anglais" ? - je m'aventure un peu loin, inutilement) ; ne pourrait-on pas goûter justement ce détachement (qui ne confine pas au cynisme distant de certains laptoppers) qui par son technicisme évacue bien des affects et fait de la pratique (certes peut-être plus "instrumentale" que "musicale" - on pourrait discuter de la distinction) un exercice scientifique d'observation ?
Je confesse que c'est un peu aride... et loin de la poésie lacyenne... mais sans doute révélateur de notre temps (et pourvoyeur de réflexions)...

::: g ::: [j'écoutais tout à l'heure le disque du Cortet avec justement ledit JB... qu'en pensez-vous ?]

12 novembre, 2006 01:21

 
Blogger Gaston CHAISSAC said...

Ce concert avait-il lieu le 10 ou le 11 novembre ?
Merci.

12 novembre, 2006 01:24

 
Blogger Gaston CHAISSAC said...

Bravo pour l'impeccable description, dans le compte-rendu sur JB, de ces phénomènes acoustiques, techniques, auditifs : les mots "sonnent", on se croirait au concert !

12 novembre, 2006 01:31

 
Blogger Stefane said...

le concert a eu lieu le 10 après celui de Quentin.
je ne connais pas malheureusement le disque du Cortet.
je suis d'accord pour évacuer les affects - je pense que certain pourrait me porter la même critique de froideur - mais en ce qui concerne ce solo j'ai vraiment été déranger par cet aspect répertoire de technicité à outrance qui n'aurait pas déplu je pense à un certain académisme contemporain.

12 novembre, 2006 14:54

 
Blogger Gaston CHAISSAC said...

C'est intéressant cette idée de "technicité à outrance" - qu'on devrait pouvoir retrouver chez certains boppers de la toute fin des années 40 tout comme chez les laptoppers qui "laissent tourner les machines" à vide - intéressant et terrible dans ce que cela dit de l'époque (du "nouveau", du public aussi, de la vacuité, de l'ennui, de ces musiques déceptives, de la difficulté de créer, des efforts pour se distinguer des "concurrents").

Pour en revenir au saxophone, que fait alors, à cette aune, quelqu'un comme Gustafsson ? (technicien "outrancier", musculeux, agité, démonstratif !) ? [il m'intéresse bien moins que Butcher]

12 novembre, 2006 20:37

 
Blogger Stefane said...

en fait pour être clair c'est pas la technique qui m'ennuie mais sa démonstration, le fait qu'elle s'expose ostensiblement.
certaines personnes au concert y ont trouvé de la poésie, et la finesse, de la prouesse mais moi je suis resté difinitevement extérieur.
A partenay j'ai pu entendre dire du trio de Gustafson que c'était une musique de GI ! pour y avoir assisté je dois dire que ce n'était pas faut du tout.

12 novembre, 2006 21:21

 
Blogger laetitia shudman said...

A quand Butcher dans un groupe de Coldwave ?

13 novembre, 2006 12:31

 
Blogger Stefane said...

c'est quoi la Coldwave ? :o

14 novembre, 2006 09:57

 

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